Mon expérience de psychonaute chamanisante

Attention ! Les psychédéliques sont des substances actuellement illicites en France.
Cet article vise à la prévention et à la réduction des risques.
L’utilité thérapeutique des psychédéliques est reconnue par la science, cependant, comme toute substance active, ils ont des contre-indications et ils peuvent provoquer des effets adverses plus ou moins graves en fonction de la dose, des conditions d’utilisation, des éventuels mélanges avec d’autres substances…
Informez-vous !

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Version PDF de l’article:

« Une énorme quantité d’électeurs adore, de façon sale et (…) perverse, être infantilisée », Idriss Aberkane, Mon avis sur la situation actuelle (35ème minute), octobre 2021 .

«  A un moment je me suis demandée pourquoi des gens prennent ces trucs-là en société :
« Je ne comprends pas comment… », et j’ai répondu :
« Peut-être parce que je suis autiste ? », et ça m’a fait éclater de rire. »
Caroline Vigneron, 14 août 2015

En bref: « Sans supervision » n’est pas forcément synonyme de « sauvage », de « n’importe quoi n’importe comment… ».

Une expérience psychédélique doit-elle être légale et supervisée pour être considérée comme une expérience ?
Une expérience psychédélique doit-elle être financièrement coûteuse pour être considérée comme une expérience ?
Le père de famille au RSA, le SDF ou la nana handicapée qui touche l’AAH ont-ils le droit d’expérimenter avec les psychédéliques et d’être reconnus comme expérimentés ? Leur expérience peut-elle être reconnue comme telle par des gens qui prennent l’avion ou le train pour aller faire leur retraite psychédélique dans un pays où c’est légal, supervisés par un guide « pro », avec une option végane au petit-déjeuner, pour le prix d’un RSA ou d’une AAH ?
Que se passerait-il si toutes les personnes qui ont eu ne serait-ce qu’une expérience psychédélique illégale et/ou non-supervisée voyaient leur parole censurée, leurs livres retirés des rayons d’Amazon ?
Robin Cahart-Harris, chercheur très en vogue dans le domaine de la recherche sur les psychédéliques et qui n’a jamais pris de psychédélique, se sentirait soudain un peu seul, je pense.

Quand des gens comme Michael Pollan et le Dr Olivier Chambon et tous leurs fans répètent en boucle qu’il est crucial qu’une expérience psychédélique soit légale et supervisée pour être une « bonne » expérience, sans avoir aucun argument factuel/épidémiologique/scientifique/non-anecdotique sur lequel étayer cette affirmation, cela a tendance à nier la valeur de la vaste majorité des expériences psychédéliques vécues par des gens comme moi, hors cadre légal (pendant des rave/free party, à des soirées entre amis…) et/ou hors supervision (sans chamane, sans thérapeute, sans trip-sitter…).
Et ça m’énerve un peu.

J’aimerais beaucoup que les gens qui affirment qu’il est crucial d’être supervisé quand on prend un psychédélique, au moins pour les premières fois, m’envoient les publications scientifiques qui démontrent que les expériences en solo sont souvent dangereuses: carolinevigneron@hotmail.fr.
D’avance merci !
Pour le moment, je n’ai trouvé que celle-ci, dont la méthodologie et les résultats me semblent discutables et mitigés: Survey study of challenging experiences after ingesting psilocybin mushrooms: Acute and enduring positive and negative consequences.
Qu’en pensez-vous ? Sur un groupe de près de 2000 personnes interrogées sur leur expérience la plus difficile sous psychédélique, seulement 25% étaient seules. Cela signifie-t-il que seules 25% des expériences psychédéliques sont des expériences en solo et qu’elles sont systématiquement des expériences difficiles ? Je pense que cela reste à voir !

Je partage ici, dans cet article comme dans tout le reste de ce blog, quelques uns des fruits de mes expériences (89 prises de psilo à ce jour), dont certaines choses qu’on trouve difficilement ailleurs, voir pas du tout.
L’arbre devrait être jugé à ses fruits, parait-il, pas aux revenus qu’il génère, pas non plus aux lois du pays où il pousse.
Je tiens un journal depuis mon adolescence, je prends des notes sur mes expériences depuis le début, donc j’ai du matériaux à exploiter.

À ce jour (13 novembre 2021) :

Données biométriques de l’expérimentatrice :
Date de naissance : 11 décembre 1976, à Annecy, France ; sexe : féminin (humain femelle, avec des ovaires et 2 chromosomes XX, en périménopause depuis 2017) ; poids : environ 56kg ; taille : 1,66m ; autiste/« syndrome d’Asperger »/trouble du développement, sans déficience intellectuelle, sans retard de langage, avec un QI dans la norme et, depuis 2017, avec une Allocation Adulte Handicapé (diagnostic posé par un spécialiste en 2014).

Niveau d’études/formation :
Bac ES obtenu en 1995, sans mention, en candidate « libre », à l’époque inscrite au CNED ; mes tendances autodidactes remontent à loin, c’est l’Éducation Nationale qui m’a formée au truc ; Bac obtenu pendant une grosse dépression ; la dépression est liée à une neuroinflammation, elle a tendance à diminuer les capacités intellectuelles. A la lumière de mes résultats à la fin du collège (j’étais une des meilleures de la « promo » 1992), je pense que sans la dépression, j’aurais au moins pu continuer jusqu’au DEUG d’anglais, voir peut-être même faire quelques années de psychologie.
Formation en naturopathie de 2013 à 2015, en « présentiel », institut Natur’Alpes, à Aix les Bains, l’institut a déposé le bilan fin 2015 ; j’ai mes attestations de 1ère et 2ème année de formation : « Conseillère en produits biologiques et naturels » et « Éducatrice de Santé » (et oui n’importe qui peut se prétendre « naturopathe » sans avoir aucun diplôme de naturopathe).
On peut se faire une idée de mon « niveau » de fin de formation (début 2016) en parcourant mon mémoire sur l’autisme, mémoire dans lequel je mentionne déjà les psychédéliques et le chamanisme.
Un psychiatre, le Dr Narang, spécialisé dans les profils atypiques, le référence sur son site web.

Profession, CV :
Par le passé : employée de vie scolaire au près d’enfants autistes (2008-2010), agent d’accueil et de surveillance dans un château pendant la saison estivale (2011-2013), aide à domicile (2011-2012), aide ménagère (2019…).
Actuellement aide-ménagère dans un gîte tenu par des Néerlandais, natifs des Pays-Bas, ce pays merveilleux où il est toléré de produire, de vendre, d’acheter des sclérotes/truffes psilocybe ou des kits de culture de champignons psilocybe, et de consommer ces truffes et champignons sans supervision, qu’on soit novice ou pas (grand merci aux smartshops néerlandais !). Il m’arrive d’avoir des conversations en anglais avec mes employeurs, c’est sympa. Do you speak English ?
J’ai aussi été naturopathe professionnelle (2016-2018). Mon intérêt pour la santé a orienté et inspiré nombre de mes « sessions » psychédéliques. Les psilo m’ont permis de me sensibiliser – concrètement, au niveau perceptif/sensoriel – à l’impact des pollutions électromagnétiques (téléphone portable, wifi, moteurs…), des amalgames dentaires au mercure, de la vie hors-sol (corps isolé de la terre sur le plan électrique), à l’impact « énergétique » des matériaux sur le corps (vêtements, literie, matériaux de construction…).
A présent, je peux aussi dire que le chamanisant est une sorte de femme de ménage du monde des esprits.

Substances expérimentées :
Psilocybe (sclérotes/truffes et champignons, majoritairement des truffes).
Salvia divinorum (feuilles séchées réhydratées puis chiquées 15-30 minutes).
Amanita muscaria : microdosing de décoction ou teinture (macération de chapeaux séchés dans du rhum). Je précise au cas où qu’il est légal de ramasser et d’utiliser de l’amanite tue-mouche en France.

Doses expérimentées :
Psilocybe : à partir d’environ 1g de truffes fraîches (microdosing) à 6,7g de champignons séchés.
Salvia : d’environ 500 à 1000mg de feuilles séchées.
Amanite : d’environ 200mg de chapeau nouvellement séché après récolte, à 500-600mg de chapeau un peu vieilli (oxydé).

Nombre d’expérimentations :
Psilocybe : 89 prises, dont 5-6 microdoses, 4-5 doses très fortes, 7-8 ratés (truffes trop vieilles, mal séchées ou plus ou moins vomies).
Salvia : 12 prises
Amanite : une prise, environ un soir sur deux pendant 2 ans.

Avant/après, l’expérience : on peut devenir capable de remettre du bois dans le poêle, sans se brûler ni faire cramer la maison, sous assez forte dose, sans supervision.
Indépendamment de la dose, un psychonaute expérimenté a une expérience différente d’un psychonaute débutant, tout comme un alpiniste chevronné qui fait le Mont-Blanc pour la cinquantième fois a une expérience différente d’un débutant avec peu d’entraînement, tout comme un nageur expérimenté à une expérience différente d’un débutant, etc… L’expérience permet aussi d’accéder à des « territoires » auxquels un débutant ne peut pas accéder. Le psychédélique peut être considéré comme un outil et donc la personne expérimentée le manie forcément avec plus d’aisance et de précision qu’un débutant, etc…
Accumuler de l’expérience avec ces substances permet d’apprendre à mieux « naviguer » les effets d’une dose donnée et, comme ces substances ne génèrent pas de dépendance, cette tendance à naviguer de mieux en mieux les effets est différente d’une simple accoutumance (accoutumance présente avec le café ou l’alcool).
Les psychédéliques pourraient par exemple avoir des effets épigénétiques, qui modifieraient alors physiologiquement la réponse du corps à ces substances au fil du temps. Imaginons qu’ils aient des effets détoxifiants, ne serait-ce qu’en boostant les processus de détox naturels du corps (une substance sérotoninergique a des effets immunomodulants, et le système immunitaire fait partie de notre système de détoxification), comme par exemple des effets chélateurs des métaux lourds, alors forcément, une dose aura des effets différents selon qu’elle est prise par une personne relativement intoxiquée (intoxication chronique, différente de l’intoxication aiguë) ou par une personne qui a déjà fait une détoxification relativement « complète ».

Technique de séchage, pour réduire les risques de moisissures auxquels s’exposent les personnes qui conservent des champignons ou des sclérotes:
Mettre les truffes coupées en petits morceaux ou les champignons sur une assiette ou sur du papier journal ou sur des branches (selon la taille des morceaux), le tout posé sur un radiateur bien chaud (mais pas bouillant), ou au fond d’un panier en osier juste au-dessus d’un poêle à bois (à quelques centimètres au-dessus). S’assurer que rien ne risque de brûler!!! Éviter d’entasser, étaler au maximum. Le séchage doit être relativement rapide (24h maximum). Un semilanceata séché conserve sa couleur (le noircissement n’est pas bon signe).
Un déshydrateur simplifie certainement le processus (pour les amanite tue-mouche, il faut monter à 68-74° Celsius pour décarboxyler partiellement l’acide iboténique en muscimol, d’après Amanita Dreamer, voir son site: Amanita Dreamer).

Ego death : j’ai eu expérimenté la fameuse « ego death ». Ca m’est même arrivé d’avoir l’impression que j’allais « vraiment » mourir. Je comprends les gens qui arrêtent les psychédéliques après une trop forte dose. Quand on n’a jamais testé la variété de champignon dont on dispose, qu’on en connaît pas la puissance, on devrait éviter de faire le/la kéké, la tête brûlée !
Et oui, on peut avoir la sensation qu’on va « vraiment » mourir, et rester zen, fataliste, prendre soin de ne pas fermer la porte à clé pour que les voisins puissent entrer plus facilement au cas où l’on ne se réveillerait vraiment pas le lendemain, tout en sachant qu’il est aussi possible qu’on soit abusé par notre hyperanxiété et la surdose de substance.
Oui, une femme handicapée peut avoir du self-control.
La plus « positive » de mes « ego death » : après une prise de près de 10g de truffes Mexicana séchées (les « Everlast », de Shayana, c’était quelque chose), un soir de décembre dans une cabane en altitude, sans électricité, le poêle à pétrole s’était éteint (réservoir vide), c’était la seule source de lumière, j’avais froid, allongée sur un lit, je me suis sentie devenir berge de rivière, le flot de la Vie coulait en moi, elle m’aimait, venait faire des remous en moi, la frontière entre « elle » et « moi » était insaisissable : étais-je l’eau ? La boue ? Le sol ? Tout semblait vraiment se dissoudre sous mes doigts, j’ai fini par devoir me lever et trouver la porte dans l’obscurité pour aérer (je craignais que le poêle se soit arrêté par manque d’oxygène), en devant nommer les objets que je cherchais pour m’orienter, ma voix en sonar. Dehors, la neige scintillait sous la lune.
Ce que j’avais appris pendant 4 ans de cours de taï-chi m’avait été très utile (respirer, se détendre, observer).
Répéter « Ceci est une initiation », à voix haute, m’avait beaucoup aidée : une initiation est une expérience choisie, voulue, délimitée dans l’espace-temps, qui a un début et donc une fin, ce qui est rassurant quand c’est un gros challenge.
A présent, je déconseille fortement les expérimentations dans des lieux où la température tombe en-dessous de 15-18° et où il n’y a vraiment aucune lumière.
Maintenant, rétrospectivement, je considère l’ego death comme le passage du Baccalauréat.
Je n’ai aucune envie de passer toute ma vie à passer le Bac, encore et encore.
Maintenant, je préfère rester en capacité de papoter avec les esprits.
Ceci dit, avoir un sens du « self »/moi solide est indispensable pour tenir notre « espace » en cérémonie, comme au quotidien. Il est possible que de vivre une ou deux ego death contribue à « assainir » ce self, à le relativiser, mais passer notre temps à piétiner notre égo est malsain.
C’est indispensable de faire des choses dont on puisse être fier au quotidien, de pouvoir se regarder dans le miroir et d’avoir de l’estime pour soi-même. Que ce soit en cérémonie, sous substance, ou au quotidien, à jeun, l’estime de soi, le sens du self/moi, le sens de l’honneur, notre fierté, sont parfois les seuls trucs qui vont nous permettre de rester debout face à une difficulté, face à quelque chose qui cherche à nous écraser, ou face au refrain du « Tout est parfait, tu le sais bien et puis qui es-tu pour t’en mêler ? Va plutôt te coucher ! Fume un autre joint ! Ne t’inquiète de rien, petite crotte de nez que tu es ! ».
Quand je tombe sur ce refrain du « Tout est parfait » en cérémonie, comme quand je tombe sur un dieu égyptien, je lui souffle dessus, pour ainsi dire, je le chasse comme on chasse une mouche, comme un hacker contourne un pare-feu. Le système d’exploitation sous lequel nous vivons est malade, il est protégé par des « pare-feux » de ce genre – des sortes d’hologrammes de Bouddha béat ou de dieu imposant – et pour le hacker, le faire tomber, on doit apprendre à contourner ses pare-feux. Si tu tombes à genoux devant les pare-feux, tu nourris le système, tu en deviens un agent, un Mr Smith.
Une certaine dose d’humilité est à cultiver, certes, autant que le courage, le discernement et la fierté.
Dans le Vajrayana, on parle de l’importance de cultiver la fierté (confiance en la valeur primordiale de l’Être/la Conscience/la Vie).
De mon point de vue, la quête obsessionnelle de l’ego death et de l’expérience de la dissolution du moi/self dans la conscience universelle arrange surtout le sommet de la pyramide croulante qu’est notre société : pendant que le commun des mortels cultive son humilité et son auto-dissolution dans le grand tout, les « élites » et leur machine thermo-électro-industrielle, qui détruisent tout sur leur passage, ont le champ libre. La quête de l’ego death peut aussi être une quête d’anesthésie psycho-émotionnelle, plus que d’éveil spirituel.
Contempler la 6ème extinction de masse en restant tranquillement dans ton canapé, est-ce un attitude qui va pouvoir te rendre fier de quoi que ce soit ?

Supervision : « Sans supervision » n’est pas forcément synonyme de « sauvage », de « n’importe quoi n’importe comment ».
Je n’ai jamais eu de trip sitter, d’accompagnant, de chamane, de maestro… Quasi toutes mes expériences ont été faites en solo et je n’ai eu de la compagnie qu’à quelques reprises (3 fois des humains « consultants-volontaires », 4-5 fois des chats, qui peuvent être de merveilleux professeurs). Je n’ai jamais eu de « superviseur », essentiellement parce ce que je n’ai jamais eu parmi mes proches qui que ce soit de compétent en psychédélique à qui demander de me trip sitter.
Avant de me lancer la première fois, j’ai passé 7-8 mois à me documenter sur le sujet, à lire quelques livres, à écouter des conférences de chercheurs, regarder des documentaires, lire quelques publications scientifiques, parcourir les forums d’utilisateurs, etc… Et, par la suite, j’ai continué à m’informer de la sorte.
Ma première dose de psilocybe devait avoisiner les 6g de sclérotes fraîches (tampanensis). A l’époque j’avais trouvé ça assez merveilleusement décoiffant (quoi qu’assez loin de la dose héroïque).

Lire le trip report de ma première expérience

Aujourd’hui, je serais d’avis de conseiller aux novices une dose un peu inférieure, juste au cas où (allergie, hypersensibilité…), pour être pleinement prudent. Un kit de microdosing (6x1g de sclérotes) peut être plus propice à l’expérimentation prudente qu’un sachet de 15g de truffes (qui ne se conserve pas une fois ouvert, à moins qu’on réussisse à faire sécher).
Rétrospectivement, je pense que quand je me mets dans un état de grande subjectivité, je préfère être seule plutôt qu’à la merci des croyances d’un pote (quand bien même bien intentionné) ou d’un « chamane » qui ne parle pas ma langue et qui chante des trucs dans une langue que je ne comprends pas. Sachant ce que je sais, ayant perçu ce que j’ai perçu, croyant ce que je crois, je pense qu’un certain nombre d’occidentaux repartent de leurs cérémonies bien « encadrées », en bonne et dues formes par des chamanes pro, avec des tas de sortilèges sur le dos qui les transforment ensuite en bon représentants de commerce et en bon défenseurs des parts de marchés des lignées de chamanes bien établies, au détriment de la liberté de conscience, de corps et d’esprit de l’individu.

Quel type d’usage ?
Je n’ai jamais expérimenté l’usage récréatif, je n’ai rien contre, il ne m’a simplement jamais attirée.
J’ai commencé par un usage à visée thérapeutique, puis j’ai bifurqué/progressé vers un usage plus franchement rituel/chamanique.
Au début, mon intention visait essentiellement la guérison personnelle sur tous les plans (physique et psycho-émotionnel) et le développement spirituel. J’ai toujours fait une demande de guérison ainsi qu’une demande de protection et guidance aux esprits bienveillants, à voix haute, au cas où, alors que je n’avais jamais eu d’expérience avec des « esprits » et que j’ignorais si de tels trucs existent vraiment.
Rétrospectivement, je peux dire que c’est une bonne idée, et puis « Ça ne mange pas de pain ! », comme on dit.
Après quelques temps, ma requête de guérison est devenue un peu plus élaborée. A présent je la formule ainsi: « Je demande à être libérée de tout ce qui entrave la Vie en moi et autour de moi ». En effet, nous ne savons pas toujours ce qui entrave la Vie en nous ou autour de nous. Éviter de faire une requête trop spécifique permet de découvrir régulièrement de nouvelles entraves et c’est une requête qui a aussi l’avantage d’aller bien au-delà de mon petit nombril, elle inclut le « bien commun », ce qui plaît beaucoup aux « esprits », ce qui est propice à un bon travail d’équipe avec eux.
Après 3 ans d’expérimentation, j’ai aussi cessé d’appeler ça des « sessions » pour appeler ça des « cérémonies ».
Je raconte pourquoi-comment dans cet article : la possession en tant que technique chamanique.

Qu’est-ce qu’une cérémonie ?
Une cérémonie est un espace-temps au sein duquel un être humain, en état modifié de conscience, officie et interagit avec des esprits pour le bien commun (le bien des humains et des non-humains, des formes de vie à base-carbone et autres).
Les esprits ne sont pas des archétypes quelque part dans notre tête. Les considérer comme des émanations de notre subconscient est soit le signe qu’on pratique un pseudo-chamanisme à la Michael Harner (plus proche de la sophrologie que du chamanisme), soit le signe qu’on n’est pas du tout animiste, mais plutôt relativement nombriliste et matérialiste.
Non, tout n’est pas « en toi, dans ta tête », même enflée, elle n’est pas assez grande pour ça.
Les esprits sont des individus, parfois dotés d’un corps physique, parfois pas (ancêtres, portion de sol/croûte terrestre plus ou moins vaste, plante, etc…). Certains peuvent causer des soucis très réels, voir même nous blesser.
Dans ma vision des choses, si l’on est tout seul dans notre salon allongé mutique sur notre canapé, on ne fait pas une « cérémonie », puisque une cérémonie requiert un officiant. L’officiant est tel un prêtre ou une prêtresse qui se tient debout (ou assis) et qui parle (et/ou chante, danse, bat du tambour, etc…). Un chamane, ou chamanisant, « fait du bruit » (pour citer Jeremy Narby, en 2016, au Musée d’ethnographie de Genève), quoi que ce bruit puisse être de l’ordre du murmure. Tel un prêtre qui dit souvent la messe tout seul sans « fidèles », le chamanisant peut faire des cérémonies seul, du moins sans public humain. Les esprits forment le « public », avec lequel le chamanisant va apprendre progressivement à travailler (négociations, bénédictions, désensorcellement, alliances…).

Energétique, immunologie et chronobiologie, en vrac :
Assez rapidement après mes premières expériences, parce que j’avais pratiqué le taï-chi pendant 4 ans, le yoga pendant 1 an, parce que j’avais eu quelques cours d’Ayurveda, parce que j’avais des notions de Médecine Traditionnelle Chinoise, et de bonnes notions d’anatomie et de physiologie (les formations en naturopathie enseignent ça: l’anat-physio, donc je sais que « néphron » n’est pas une insulte), j’en suis arrivée à l’hypothèse que les psilocybe peuvent, pour ainsi dire, « passer les méridiens au karcher ». Ils les « allument », ils les « décapent » – et la puissance du « karcher » dépendrait de la dose ingérée, donc attention aux doses trop fortes qui pourraient décaper un peu trop, qui pourraient trop déstabiliser et épuiser le corps et l’esprit, qui pourrait « brûler » en mobilisant de vieux stocks de déchets (toxines, métaux lourds…), au-delà des capacités de detoxification et d’élimination du corps (antioxydants, minéraux, capacités enzymatiques rénale et hépatique…).
Au niveau physiologique, je pense que les psilocybe contribuent à soutenir le fonctionnement du système immunitaire et lymphatique. Une forte dose de psilo peut par exemple réactiver une douleur au niveau d’une ancienne fracture cicatrisée depuis longtemps, comme si le corps venait fignoler une réparation au niveau nerveux (« nettoyage » et réparation de la zone via la réactivation de l’inflammation).
J’en suis venue au constat que taï-chi (ou qi-gong) et yoga peuvent fonctionner en synergie avec les psilocybe, dont les effets peuvent aider grandement à percevoir le « Chi », ainsi que les effets des postures (asana, mudra…) sur le corps et l’esprit, et que la synergie suivante :

psilocybe + yoga, taï-chi, qi-gong… + mise à la terre (pieds nus dans l’herbe)

… ne peut être dénigrée que par ceux qui ne l’ont jamais essayée.
Pour comprendre pleinement les effets antidépresseurs des psychédéliques, je pense que des études cliniques devraient être menées par des chercheurs comme le Pr Marion Leboyer et le Dr Guillaume Fond, spécialisés en immunopsychiatrie (via la Fondation Fondamental), qui sauraient chercher les bons marqueurs biologiques, et qui sauraient mettre en lumière les voies d’action de ces substances au niveau immunologique (dans le cerveau et aussi ailleurs : les récepteurs à la sérotonine sont partout, y compris dans les intestins, le microbiote et le système immunitaire).
Les propriétés « détoxifiantes » des psychédéliques pourraient être évaluées par des toxicologues (pour étudier ce qui est excrété par des volontaires, avant, pendant, et après une expérience).
Je pense aussi que tant que les études cliniques se dérouleront en journée, la science manquera de pouvoir évaluer le rôle de nos rythmes circadiens (horloge biologique) et du système nerveux parasympathique sur l’effet des psychédéliques, entre autre du rôle de la synthèse de cortisol dans la survenue des expériences difficiles. Je pense que psychédéliques et système nerveux parasympathique fonctionnent en synergie, que les effets bénéfiques des psychédéliques sont maximisés en soirée. En fin de journée, le système nerveux parasympathique, qui régit la digestion et la régénération du corps, prend le dessus sur le système nerveux orthosympathique (système « lutte ou fuite »), ce qui me semble plus propice aux expériences régénérantes, et moins propice aux expériences difficile, la synthèse de cortisol (hormone du stress) étant alors naturellement au plus bas. On notera d’ailleurs que les cérémonies d’Ayahuasca ou les velada mazatèques (avec champignons psilocybe ou sauge divinatoire) se tiennent traditionnellement la nuit, dans l’obscurité, pas en journée avec des masques sur les yeux.
Bonus pour les adeptes des pratiques taoïstes qui ne voient pas trop le rapport entre psychédéliques et qi-gong ou le taï-chi, voir cet article : Hallucinogen use in China, par Fan Pen Li Chen, dans Sino Platonic Papers, octobre 2021.

En cas de surdose :
Demander à la substance consommée de protéger la Vie partout où elle va, de faire preuve de plus de douceur.
Je trouve aussi utile d’avoir toujours du desmodium et/ou du chardon-marie à la maison, au cas où (par exemple en ampoules buvables de la marque Dietaroma, ou en gélules du labo ABC de la Nature pour ceux qui auraient peur de se couper!). Ca fait parti de ma préparation avant une cérémonie : prendre des plantes pour le foie avant. En cas de surdose, le desmodium peut aider pendant et après (soutient de l’élimination). Idem la vitamine C (sans additifs), le magnésium (glycinate ou bisglycinate, pur sans additifs). Le charbon activé pourrait aussi être une option.
Des plantes sédatives comme le houblon peuvent aider à calmer le système nerveux et favoriser le repos et l’apaisement après une expérience difficile. On peut le prendre en gélules, pas forcément en bière !
Je consomme aussi toujours du jus de carotte lactofermenté pendant la cérémonie, ou à défaut du jus de pomme. Ca me permet de m’hydrater autant que de soutenir le transit et donc la détox.
S’hydrater est un must, de préférence avec de l’eau de source ou des jus bio de très bonne qualité. Je trouve que les psilo ont un effet diurétique sur moi, et donc hypotenseur, aussi m’assurer de bons apports en eau pendant et après, et en minéraux avant et après me semble important, soit avec du kelp/fucus, du zinc (citrate), de l’ortie (feuille séchée en poudre), de l’iode (iodure de potassium du labo LifeFlo, aux doses journalières recommandées), du plasma de Quinton/eau de mer microfiltrée à froid, du souffre (MSM pur en poudre)…

Rencontrer des esprits, se sortir de mauvais pas: je fais parti des gens qui pensent que les psilo, comme l’ayahuasca, permettent de voir et de communiquer avec ce que les chamanes appellent des « esprits » (défunts, plantes, esprits du sol, peau de mouton…), souvent appelés « entités » dans les publications scientifiques ou sur les forums de psychonautes occidentaux.
Un scientifique qui n’a jamais pris de psychédélique (et qui a trop lu Freud ou Jung), comme Robin-Carhart Harris, est susceptible d’interpréter les « rencontres » avec des « entités » comme la mise en lumière de contenus subconscients, consécutive à la dissolution de l’ego. Les scientifiques comme Robin-Carhart Harris n’ont pas des pratiques chamaniques et leurs interprétations restent des interprétations et des hypothèses (il est impossible à ce jour de « prouver » que telle manifestation/perception relève du subconscient ou d’un esprit). Certains autres scientifiques ont des positions moins tranchées, comme le Dr David Luke et le Dr Jack Hunter (voir par exemple « Talking with the spirits », édité par Hunter & Luke, leurs conférences sur youtube, leurs articles sur Academia…), ou encore Jeremy Narby, qui se définit comme agnostique et qui préfère éviter de trancher sur l’existence des esprits (entretien de Narby avec Alex et Allyson Grey, de la minute 47’05 à 51’07, 12 octobre 2021).
Du point de vue du praticien chamanisant, un esprit n’est pas un morceau de subconscient, c’est un individu bien réel, distinct du praticien (ou du consultant) et aussi « réel » que le praticien.
Un esprit n’est pas toujours un petit angelot désincarné qui joue de la harpe avec un sourire béat, ou un gros ours trop mignon.
Un esprit, même bienveillant, peut se mettre en colère quand il a été offensé (par nous ou autrui), ce qui peut se traduire par une sensation de chute de tension subite, par exemple, ou une grosse somnolence.
Un esprit peut être malade (par exemple intoxiqué par des sortilèges, des croyances, des insultes, esclave d’un praticien…) et rendu anormalement agressif ou servile par des sortilèges ou des siècles de maltraitance (malédiction, ignorance, oubli, croyances monothéistes, architecture pseudo-sacrée…). Dans ma compréhension des choses, certains esprits appelés « alliés » par certains praticiens sont d’avantage des esclaves que des alliés de plein gré.
Les esprits en colère sont probablement souvent qualifiés de « démons » par les psychonautes inexpérimentés qui se laissent influencer par leurs croyances monothéistes.
Pendant une cérémonie, pour faire face à une attaque, ma parade est de dire à l’esprit agressif, en anglais parce que l’anglais fonctionne mieux pour moi : « You’re blessed, you’re free, you’re back in Time ». Cela signifie : « Tu es béni, tu es libre, tu es de retour ici et maintenant » (hors de la boucle spatio-temporelle générée par le sortilège). C’est une sorte de « formule magique » très efficace pour libérer un esprit d’un sortilège, pour se libérer soi-même de l’emprise de quelqu’un, etc… Jusque là, un esprit auquel j’ai ainsi offert la liberté l’a toujours prise – comme quand un fauve est relâché en pleine nature : il s’enfuit très vite et très loin des humains qui le libèrent de sa cage – ou bien il a simplement cessé de se montrer agressif.
Une bonne partie de mon travail de chamanisante consiste à libérer les ensorcelés.
Quand je sens que quelque chose ne tourne pas rond, que ce soit au quotidien ou « sous effet », je me bénis à voix haute, d’une voix aussi affirmée que possible, avec cœur : je suis bénie et pleine de bénédictions. Ma maison est bénie et pleine de bénédictions. Tous les voisins sont bénis et pleins de bénédictions. Le pays est béni et plein de bénédiction, toute la planète, mes ancêtres…, etc…

Incorporation/possession : j’ai appris que, comme avec l’Ayahuasca dans l’Umbandaime au Brésil (voir le chapitre par le Dr David Luke dans le livre Talking with spirits), la prise de psilocybe peut amener à devenir capable d’incorporer des esprits, que l’incorporation est une méthode de travail et de communication assez commune avec les esprits en chamanisme. Certains praticiens utilisent le terme « possession », mais il est en général connoté négativement.
Vous n’êtes peut-être pas au courant de l’existence de cette méthode en chamanisme, vous croyez peut-être qu’elle ne relève que du vaudou, de la psychiatrie ou des films fantastique, mais beaucoup d’esprits sont plus anciens que vous, plus anciens que notre civilisation, voir plus anciens que l’humanité, et ils ont une meilleure mémoire que notre société occidentale. Eux, se souviennent qu’ils peuvent le faire et c’est une méthode actuellement pratiquée partout dans le monde (Sibérie, Corée du Sud, Afrique, Brésil…). C’est une forme de ce que les occidentaux appellent « médiumnité » (en anglais : mediumship), et qui fait bien partie intégrante des techniques chamaniques.
Mircea Eliade a décrété que cultes de possession et chamanisme étaient deux choses différentes alors que, dès le départ, des récits de chamanes évoquant la possession/incorporation figurent dans les sources qu’il avait à sa disposition (voir surtout I. M. Lewis: Ecstatic Religion, et Bertrand Hell: Les maîtres du désordre, ainsi que cet entretien avec Bertrand Hell).
Michael Harner (fondateur de la Foundation for Shamanic Studies) a ensuite basé ses enseignements, son « chamanisme essentiel » (en anglais: « core shamanism ») sur la position d’Eliade, et voici comment on se retrouve avec une pratique populaire – le néo-chamanisme – amputée d’une bonne partie de sa substance originelle, réputée sans aucun danger, alors que l’incorporation peut être un gros challenge psycho-émotionnel pour un occidental, d’autant plus quand il en ignore tout.
La « transe cognitive » de Corine Sombrun permet bien aussi des « transes de possession ». C’est écrit en toutes lettres là :

Source: Transe Science

… autrement dit la « transe », les états modifiés de conscience peuvent mener à la survenue de ce phénomène.
Les psychonautes, comme les gens qui se contentent de taper sur un tambour, sans substances, devraient être prévenus. Un expérimentateur averti en vaut deux ! Si j’insiste ici sur ce sujet, c’est précisément pour faire de la prévention des risques.
Quand les chamanes disent que « Les esprits viennent et ce sont eux qui font le travail », ça peut être ce qu’ils veulent dire : qu’ils incorporent un esprit dans leur corps, lui permettent de parler à travers leur bouche, etc… Voir par exemple le témoignage d’une ex-chamane Hmong, Tassie Yang: Shamans as vessels, à partir de la 29ème minute, voir aussi le sujet de l’oracle d’Etat tibétain, c’est à dire le culte d’incorporation/possession au sein du bouddhisme tibétain (voir par exemple le documentaire « The oracle, reflections on self », par David Cherniack).
Ce type de travail avec les esprits requiert un bon self-control, une bonne connaissance de soi. Entre autre, il s’agit de savoir rester zen de façon à éviter de paniquer et de partir en courant chez le premier psychiatre venu en criant à la dissociation pathologique. Il s’agit aussi de savoir rester « ancré » : non, on n’est pas devenu un dieu ou une déesse, ni fou, on a juste permis à un esprit de s’exprimer et de faire un certain travail pendant un temps donné.
Quand la « possession »/incorporation survient uniquement dans le cadre de la cérémonie, qu’elle est essentiellement source d’enseignements, de guérison, etc…, on considère qu’elle est maîtrisée : le praticien (ou le membre du culte, mené par un praticien) décide du moment de la cérémonie et il incorpore des esprits qui sont en accord avec ses intentions, comme le personnage de Woopi Goldberg dans le film Ghost.
Quand elle survient n’importe quand et qu’elle génère essentiellement de la souffrance, elle est alors considérée comme une maladie, comme dans le film de l’Exorciste.
Pour aller plus loin, voir ma playlist Youtube sur la possession.

Prenez soin de vous, soyez prudent, soyez malin,
Je vous souhaite plein de discernement.

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