Trip report – Psilo en solo, ma première fois

Trip report
Psilo en solo, ma première fois
& 1ère prise de sauge divinatoire


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Attention ! Les psychédéliques sont des substances actuellement illicites en France.
Cet article vise à la prévention et à la réduction des risques.
L’utilité thérapeutique des psychédéliques est reconnue par la science, cependant, comme toute substance active, ils ont des contre-indications et ils peuvent provoquer des effets adverses plus ou moins graves en fonction de la dose, des conditions d’utilisation, des éventuels mélanges avec d’autres substances…

Informez-vous !

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Une « première fois » avec un psychédélique, en solo, n’est pas forcément synonyme de « n’importe quoi », ça peut même très bien se passer. Voilà comment….

Mise en garde : en France, actuellement, prendre des psychédéliques, par exemple des champignons ou sclérotes/truffes psilocybe, est illégal. Mea culpa.
Rouler à plus de 50km/h devant chez moi est illégal aussi et pourtant beaucoup de voisins le font, il y a même un ancien gendarme qui klaxonne systématiquement devant chez moi, alors que c’est illégal, parce qu’il a l’habitude de klaxonner dans tous les virages et que j’habite dans un virage.
La loi qui interdit de klaxonner pour un oui pour un non est une bonne loi, selon moi, puisqu’il est démontré que les nuisances sonores ont un impact négatif sur l’état de santé.
La loi qui interdit la consommation de psychédéliques, comme les champignons ou sclérotes/truffes psilocybe, est une mauvaise loi, selon moi, puisqu’il est démontré que les psychédéliques ont des propriétés thérapeutiques.
Légal n’est pas toujours synonyme de juste et bon.
Illégal n’est pas toujours synonyme de mal.
Les mauvaises lois doivent être changées, on a le droit de le penser et même de le dire et de l’écrire.

Je fais ici de la prévention des risques. Je n’incite personne à faire quoi que ce soit d’illégal. Cet article (et la vidéo associée) pourrait être utile aux gens qui sont décidés à prendre des psilocybe, en dépit du fait que ce soit illégal, et qui souhaitent se préparer au mieux, qu’il soient des novices, ou qu’ils cherchent des pistes pour améliorer leur set & setting.
Je raconte ma première expérience, ma première prise de psilo, j’en ai eu 87 autres depuis (Mea maxima culpa), et je partage entre autre ce qui me semble le plus important pour réduire les risques.
Je partage tout ça aussi pour montrer qu’une expérience en solo, même une première fois, peut être significative, très positive, dépourvue d’expérience difficile.
Je ne fais pas de mon cas une généralité, je ne prétends pas que tout le monde peut le faire, je souhaite simplement illustrer que oui, même sans trip-sitter, en solo, ça peut bien se passer, et voilà comment.

Échange d’info: J’aimerais beaucoup que les gens qui affirment qu’il est crucial d’être supervisé quand on prend un psychédélique, au moins pour les premières fois, m’envoient les publications scientifiques qui démontrent que les expériences en solo sont souvent dangereuses : carolinevigneron@hotmail.fr.
D’avance merci !
Pour le moment, je n’ai trouvé que celle-ci, dont la méthodologie et les résultats me semblent discutables et mitigés: https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC5551678/.
Qu’en pensez-vous ? Sur un groupe de près de 2000 personnes interrogées sur leur expérience la plus difficile sous psychédélique, seulement 25% étaient seules. Cela signifie-t-il que seules 25% des expériences psychédéliques sont des expériences en solo et qu’elles sont systématiquement des expériences difficiles ? Je pense que cela reste à voir !

Comment j’en suis arrivée à m’intéresser aux psychédéliques ?
Automne 2014 : C’est en regardant une vidéo de Claude Traks et Laurène Dartillah, en octobre ou novembre 2014 que j’ai été mise sur la piste des psilo. Ils y expliquaient qu’utiliser des médecines sacrées est indispensable au développement spirituel et, aux européens, ils recommandaient l’utilisation de leur médecine sacrée locale, c’est à dire le psilocybe.
Cette affirmation m’avait beaucoup choquée. A l’époque, je pensais que les psilo, c’est de la drogue et que la drogue, c’est mal. Donc comment est-ce que cela pouvait être bon pour le développement spirituel ? Cela me semblait incohérent. Cependant, je connaissais Claude Traks depuis la lecture de son livre « A la recherche du message des dauphins », fin 1999/début 2000. J’avais lu quelques uns de ses autres livres, j’avais assisté à quelques unes de ses conférences et quand il dit quelque chose, je prête l’oreille, même si je n’adhère pas à tout. A l’époque, j’étais aussi en formation en naturopathie, je commençais à m’habituer à remettre en question mes croyances, à m’informer sur la santé au-delà des dogmes officiels et directement à la source, en lisant des publications scientifiques, en écoutant des conférences données par des chercheurs…
A force d’y réfléchir, je réalisai que je ne savais rien sur le sujet, alors je commençai à me documenter, entre autre en puisant dans les références que donnaient Traks et Dartillah pour argumenter leur position.
Avoir une opinion, c’est bien, pouvoir expliquer sur quels arguments factuels elle repose, c’est mieux.

Préparation, documentation, information, éducation :
Aujourd’hui :
C’est ce qui me semble encore le plus important, le plus « crucial » pour que les choses se passent au mieux : se documenter un maximum (pas juste en lisant 2-3 articles sur Vice ou Science & Avenir).
A l’époque : Pendant 7-8 mois, je lus quelques livres, je regardai de nombreux documentaires, des conférences de chercheurs en science psychédélique et d’anthropologues, je lus quelques publications scientifiques, je consultai des forums d’utilisateurs comme le site Psychoactif… Entre autre, je découvris Jeremy Narby, Kathleen Harrison et Corine Sombrun, qui restent trois de mes grandes « références » à ce jour.
Lire et comprendre l’anglais m’aida sans doute beaucoup. Je n’aurais sans doute pas pu accéder à autant d’information de qualité en me limitant aux infos en français. Si vous ne maîtrisez pas l’anglais, au moins à l’écrit, le clic droit du navigateur permet en principe d’accéder à sa fonction de traduction.
Petit à petit, j’en vins à l’idée que, pour me faire ma propre opinion sur le sujet, il allait falloir que j’expérimente, alors je fis en sorte de regrouper un maximum de conseils afin de me préparer au mieux.
Je réfléchis à la dose, au fournisseur, au lieu, à l’intention…Internet, déjà à l’époque, permettait de faire ça : s’informer en détail, se poser les bonnes questions du fameux set & setting.

Contre-indications ?
Mes lectures de l’époque m’avait sensibilisée à la question des contre-indications et, comme j’avais 38 ans, que j’en étais arrivée à un point de ma vie où je me connaissais plutôt bien – j’avais passé assez de temps en psychothérapie avec une psychologue clinicienne pour être sûre que mon cas ne relevait pas de la psychiatrie – je pensais être en capacité d’évaluer que je n’avais pas de contre-indications, et autant que je puisse en juger, j’avais raison.
A ma connaissance, à l’époque et encore aujourd’hui, je n’ai aucune contre-indications à prendre un psychédélique. A l’époque, je ne prenais aucun médicament, je n’en prends toujours pas.
Je n’ai pas de maniaco-dépression ni d’antécédents de psychose…, quoi qu’un médecin qui m’entendrait dire que je suis autiste, et qui croit que c’est une psychose, pourrait ne pas être d’accord, mais il aurait tord.

Sans trip-sitter, le choix de la solitude
Aujourd’hui :
beaucoup de gens disent qu’il est crucial d’avoir un trip sitter, au moins les premières fois, c’est à dire une personne de confiance, qu’on connaît bien, qui connaît bien les effets des psychédéliques, qui reste sobre, à notre disposition près de nous ou dans une pièce à proximité pendant l’expérience et qui peut nous aider en cas de difficulté.
Combien de gens ont, parmi leurs proches, ce genre d’oiseau rare ? Moi, toujours pas.
Je pense qu’il vaut mieux être seul, bien préparé, que mal accompagné, et une personne qui ne connaît pas le sujet, quand bien même aimante et bien intentionnée, est susceptible de mal réagir face à quelqu’un « sous effets », ce qui peut être source de stress pour tout le monde et donc de mauvaise expérience.
Je pense aussi qu’il existe plusieurs moyens de réduire les risques d’avoir des expériences difficiles, en particulier en expérimentant avec de faibles doses, voir de très faibles doses.
Le site web du Zendo Project, sponsorisé par MAPS, spécialisé dans la réduction des risques en festival, et qui base son approche sur les résultats de la recherche sur les psychédéliques, liste les principaux facteurs qui influencent une expérience : « La drogue »/substance : type, dose, durée des effets, impuretés ; Le cadre/setting : familiarité, sentiment de sécurité, niveau de bruit/activité environnant ; L’état d’esprit/mindset : intention/attente, état émotionnel, bien-être psychologique, expérience précédente avec la substance. On notera que l’absence ou la présence d’un trip sitter ne figure pas dans cette liste.

A l’époque : je ne me souviens pas avoir trouvé d’info mettant une telle emphase sur l’importance du trip-sitter. Je lus probablement un bon nombre de témoignages d’utilisateurs solo, autant que de gens qui expérimentaient en groupe, ou avec quelqu’un pour veiller sur eux.
Quand bien même aurais-je entendu dire et redire qu’un trip sitter est essentiel, en avais-je un à disposition ?
A l’époque, il y avait parmi mes proches deux amis, deux personnes que j’estimais être de confiance, à qui j’aurais pu demander de jouer le rôle du trip sitter mais elles n’habitaient pas à proximité, le confort du lieu qui me semblait approprié pour cette expérimentation est un peu spartiate (cabane de 16m2, sans l’eau courante ni l’électricité), je ne me voyais pas les embarquer dans un tel lieu, loin de chez elles, ni m’inviter chez elles pour une telle expérience (leur domicile ne satisfaisait pas suffisamment mes critères de confort et de sécurité), et puis surtout elles n’y connaissaient rien en psychédéliques et ne semblaient pas s’y intéresser.
Personne d’autres dans mon entourage ne me semblait suffisamment souple d’esprit pour que je leur en parle. A l’époque, j’habitais chez ma mère et je ne me voyais pas non plus lui imposer mes expérimentations et un éventuel comportement étrange ou inquiétant.

Choix du lieu, calme et sécurité
Aujourd’hui :
ce que j’estime être « crucial », personnellement, en plus de la recherche d’information sur la substance et en plus d’une dose prudente, c’est le cadre d’utilisation, le « setting », crucial pour réduire les risques et avoir une expérience la plus positive possible. C’est tellement crucial pour moi que j’en ai fait tout un article: https://psychedeliques.home.blog/2020/02/08/the-ideal-setting-the-hobbit-way/
Pour moi, un bon setting vaut un trip sitter.
Pour ma propre sécurité, je refuserais de prendre un psychédélique dans un cabinet de psychothérapeute en ville, ou dans une tente du Zendo Project https://zendoproject.org/ dans un festival, quand bien même en compagnie du meilleur trip sitter qui soit, ou bien il faudrait me payer cher!
L’importance du cadre d’utilisation est aussi bien un élément essentiel qui ressort dans cette publication : https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC5551678/ : le manque de confort physique peut être source d’expérience difficile, peut-être même plus que l’absence de trip sitter ou de « soutien social » pendant l’expérience.
Attention, ce qui nous semble confortable en état « normal » de conscience est susceptible de devenir une grosse nuisance sous psychédélique, comme par exemple des ampoules LED clignotantes. Au quotidien, en ville, les bruits de voisinage peuvent nous sembler anodins, alors qu’ils peuvent devenir très envahissants sous psychédéliques, etc… Je donne plus de détails sur ce qui me paraît être le cadre le plus sécurisant et le plus confortable possible dans mon article sur le setting idéal: https://psychedeliques.home.blog/2020/02/08/the-ideal-setting-the-hobbit-way/
Juin 2015 : après quelques mois passés à me documenter, je commençais à me sentir prête. Le mois de juin arrivait et la saison se prêtait à un séjour dans le Jura, dans une petite cabane à 1200m d’altitude, où je vais de temps en temps depuis qu’elle a été construite en 1992. Ma mère a des ancêtres dans le secteur, elle y passe des vacances depuis qu’elle est enfant, j’ai commencé à aller dans ce village quand j’étais bébé, autrement dit c’est un lieu très familier, où je me sens très en sécurité. Et puis c’est beau ! La cabane est située un peu à l’écart du village, au calme, à l’abri des regards indiscrets, la vue est magnifique, c’est de plein pied, aucun risque possible de défenestration, aucune falaise à proximité, et les températures au mois de juin sont rarement extrêmes, si bien qu’on n’y a pas vraiment besoin de chauffage : peu de risque de mettre le feu à quelque chose ni de mourir d’hypothermie. Le village est aussi relativement près en cas de soucis, il y a même des voisins à portée de voix.
Bon, il y a bien un réchaud à gaz et je me souviens avoir carrément pris soin de fermer la bouteille de gaz avant ma première expérience, au cas où.
La cabane est assez peu confortable du point de vue d’un citadin qui n’a jamais fait de camping (16m2, pas d’eau courante, pas d’électricité, des WC chimiques), mais j’avais l’habitude d’y séjourner, j’avais amené assez d’eau, j’avais rangé pour ne pas risquer de me prendre les pieds dans quelque chose en allant aux WC ou en sortant prendre l’air, j’avais de quoi manger, j’avais suffisamment de couvertures et de sacs de couchage pour me tenir chaud, j’avais même un vrai lit, pas juste un petit tapis de sol posé sur des cailloux, j’avais une vue magnifique, bref, j’étais confortable dans un lieu sécurisé et sécurisant.

L’intention… de faire attention
Aujourd’hui: avoir une intention clairement définie avant de prendre un psychédélique, que ce soit juste l’intention de passer un bon moment ou d’avoir une expérience spirituelle, c’est démontré, ça contribue à réduire les risques d’expériences difficiles, et ça augmente les chances qu’une expérience difficile soit considérée au final comme cathartique et donc bénéfique (ref : https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC5551678/ ; https://www.youtube.com/watch?v=FqQuSQmV_b4)
En somme, si on prend des psychédéliques pour se « défoncer », on a d’avantage de risques d’avoir une mauvaise expérience que si on prend la même dose, dans les mêmes conditions, mais avec l’intention de passer un moment fun ou d’avoir une expérience thérapeutique ou spirituelle.
Quand on cherche la « défonce » avec ces substances, on augmente vraiment beaucoup nos risques de se retrouver à l’hôpital avec un trauma crânien. C’est ça, le pouvoir de l’intention.
J’ai l’habitude d’écrire, alors j’ai assez facilement eu l’idée d’écrire mes intentions avant mes expériences, un peu comme un restaurateur écrit le menu du jour sur sa vitrine.
Juin 2014 : Pendant les mois passés à me documenter, j’avais intégré l’importance de l’intention, qui revient souvent sur les forums, dans les publications, etc…
Mon intention première était d’expérimenter en sécurité, en réduisant les risques au maximum, puis, plus précisément, avant de prendre ma dose, je crois me souvenir que je demandai simplement « guérison sur tous les plans, protection et guidance aux esprits bienveillants », ou quelque chose d’approchant. Je crois avoir noté ça sur un papier, posé sur la table à côté du lit, mais je n’ai pas noté ce détails, donc je ne pourrais le garantir.
Écrire l’intention sur un papier permet d’ancrer cette intention, force à y réfléchir au moins un peu, force à la formuler clairement, et permets d’y revenir pendant l’expérience. Je déconseille juste d’en écrire trois pages ! Plus c’est concis, mieux c’est.

Choix de la substance, de la dose, psilo & sauge :
Aujourd’hui :
savoir quelle dose on prend, c’est à dire avoir une balance de précision et être suffisamment bien renseigné pour savoir évaluer s’il s’agit d’une dose légère, modérée ou forte contribue à réduire les risques d’avoir une expérience difficile. Plus on monte en dose, moins on sait exactement quelle dose on a pris, plus les risques augmentent aussi.
Si l’on est sûr d’avoir pris une dose légère, voir une microdose (par exemple 1g de truffe fraîche), les risques d’effets adverses sont très réduits et il sera plus facile de se calmer, de se rassurer, si l’on ressent des effets désagréable (légère nausée, légère sensation d’ébriété, sensibilité accrue au bruit, à la lumière…).
Juin 2014 : Comme j’étais inspirée par ce que racontaient Traks et Dartillah, je penchai forcément vers les psilo.
Mais surtout, je n’avais pas beaucoup d’autres choix. J’aurais pu opter pour l’Ayahuasca, ou des analogues de l’ayahuasca, mais cela requérait des recettes plus ou moins complexes, un dosage plus aléatoire, et je préférais simplifier les choses au maximum, ça me semblait plus prudent.
Je n’avais pas non plus accès au marché noir, donc le LSD ou la MDMA n’étaient pas envisageables, ce qui éliminait les risques liés à la difficulté d’évaluer la dose et à la composition exacte de ces substances.
Donc j’optais pour des sclérotes, plus précisément des sclérotes réputées relativement peu puissantes (tampanensis).
Pour la dose, je me fiai aux recommandations des smartshops (6g pour un trip « léger », d’après Shayana) et des témoignages d’utilisateurs, en essayant de déterminer à peu près une dose prudente, quoi qu’une vraie dose « efficace ». A l’époque, je crois que le microdosing n’était pas encore très populaire. Je crois que je n’eus pas l’idée d’opter pour une dose vraiment très faible, mais si l’on souhaite être vraiment très, très, très prudent, c’est ce qu’il y a de plus sensé à faire : prendre ce qui est généralement considéré comme une microdose (soir par exemple 1g de sclérote fraîche), comme on prendrait une gorgée de vin « pour essayer », plutôt que tout un verre.
Opter pour une vraie dose psychédélique pour une première fois n’est pas l’attitude la plus prudente, tout comme de ne pas avoir de balance de précision. Toute fois, opter pour une dose de 6-7g, quand on dispose d’un sachet de 20g, quand le vendeur présente une dose de 6g comme une dose « légère », cela dénote tout de même d’une attitude relativement prudente.
Comme je n’avais pas encore de balance à l’époque, je pris environ le tiers du paquet (6-7g).
J’ajoutai rapidement la balance à mon équipement (via Aroma-Zone), justement parce que je m’étais rendue compte que c’est plus pratique, et prudent, de pouvoir peser correctement.
Pendant ma période de quête d’information, en mai 2015, quelqu’un m’avait aussi parlé de la sauge divinatoire, en me la présentant comme la plus sûre des options, en me conseillant d’en chiquer 2-3 feuilles. C’est d’ailleurs peut-être grâce à ce conseil que je découvris Kathleen Harrison, l’ex-Mrs McKenna, qui est une des rares figures de la scène psychédélique à parler de la sauge divinatoire.
Je passai donc commande de feuilles de sauge divinatoire séchée et de sclérotes sur le site d’un smartshop néerlandais.

Un temps pour soi :
Aujourd’hui :
comme la plupart des psychonautes expérimentés, je recommande bien sûr de prendre un temps pour soi quand on expérimente avec ces substances. Il ne s’agit pas d’en prendre une grosse dose après le boulot pour se détendre, pour ensuite repartir travailler le lendemain matin.
Il est préférable de disposer au moins de 48h de tranquillité de façon à se sentir « confortable » : prendre au moins une journée pour se préparer, faire le ménage, faire une sieste, avoir plein de temps pour soi sans agitation, tranquille à la maison, penser à notre intention…, prendre la dose de préférence en soirée ou fin d’après-midi, et passer la journée du lendemain au calme, pour récupérer autant que pour avoir bien le temps de débriefer.
Juin 2014 : je pris carrément le parti de passer quelques jours de congé, à 90km de mon domicile, sans astreinte, sans travail, sans visites, sans personne, avec plein de temps pour me reposer, contempler le paysage…
Arrivée à la cabane en matinée, j’expérimentai avec de la sauge divinatoire dans la soirée, puis avec les psilo le lendemain. Je ne sais plus exactement combien de jours je restai à la cabane, mais probablement encore 2-3 jours.
Éviter de prendre le volant dans les 24h après ce genre d’expérience est toujours plus prudent.

Les « trips » :
Aujourd’hui :
je n’aime plus du tout utiliser ce terme de « trip », ou « voyage » ! C’est le terme « usuel » qui permet en général de se faire comprendre mais à force d’y réfléchir, j’en suis arrivée à l’idée que c’est un peu absurde de parler de « voyage », quand il n’y a aucune sortie hors du corps !
Pour moi, c’est comme de dire qu’on « voyage » quand on regarde la télé.
9 juin 2014, sauge divinatoire : je n’avais pas encore de balance. Je m’étais documentée sur l’usage traditionnel de la sauge, le nombre de feuilles usuellement chiquées… Je disposais de feuilles probablement un peu petites, toutes brisées, je m’efforçai d’en reconstituer quelques unes, je ne sais plus exactement combien, mais peut-être environ dans les 500mg. Je les réhydratai pendant quelques minutes, puis les chiquai, assise sur le lit, dos appuyé contre le mur, pendant plus de 30 minutes.
Je ressenti essentiellement une légère oppression thoracique, je me sentie un peu « shootée » et je crois me souvenir d’avoir visualisé la voie d’absorption sublinguale devenue comme noire, teintée par le jus de la plante. La dose était trop faible pour pouvoir provoquer quoi que ce soit d’autre.
Après ça, j’écrivis ceci :
« Je crois que je vais manger. Du gras.
Demain, j’irai peut-être même acheter du fromage !!!
C’est une idée que j’ai eu dans la journée. Un truc sentimental. Je crois que j’en ai un peu marre des bananes. Ce corps, ELLE, en a un peu marre des bananes.
La cause animale ? C’est aussi sa cause à elle et là, elle veut manger. »
10 juin, sclérotes psilocybe :
Je crois me souvenir que je pris ma dose vers 19h30, à jeun, et que les effets mirent environ 40 minutes à se faire sentir. Je passai ce temps assise sur le seuil de la porte, au soleil, à regarder le paysage, à guetter les premiers « visuels », mais les premiers effets furent surtout une légère nausée, une légère sensation d’ébriété désagréable, une hypersensibilité à la lumière et au bruit qui me conduisirent à fermer la porte, à m’allonger, et à me mettre un tshirt sur les yeux pour me protéger de la lumière.
Je pourrais dire que je m’attendais plus ou moins à voir apparaître des éléphants roses, et que je fus plutôt emmenée dans une expérience visio-sensorielle intérieure. Je suppose que ma nature d’hyper-introvertie et mon habitude de l’attention portée aux phénomènes de mon corps et de ma psyché y sont pour quelque chose. Entre autre, j’avais pratiqué le taï-chi pendant quatre ans et l’imagination active, de Jung, pendant longtemps.
J’émergeai vers 21h20, assez pour écrire un peu ce que m’inspirai ce que je venais de vivre :
Je partage le texte quasi tel quel :
« Le corps est le boss ! 🙂
C’est comme d’avoir dormi 12 000 nuits et de vivre 12 000 réveils et orgasmes et fou-rires et retrouvailles avec tes 12 000 meilleurs amis dont ton corps, ton propre corps, ce merveilleux, le plus merveilleux des amants choudouxdoux roudouxdoux d’amour. Le corps est le boss.
Quand quelque chose bloque, tu te détends et tu l’avales. Tu te détends. Se détendre.
L’art de la détente, du relâchement.
Quand quelque chose a besoin de lâcher, TU LÂCHES !
Accueillir, c’est la détente. Tu te centres en ce centre si doux roudoudou d’amour de corps à toi, rien qu’à toi.
Instruction :
Nuit, pour le moins de bruit et de lumière possible
A jeun
Tout comme pour un accouchement roudoudou
Une union roudoudou
Le prix à payer ? Tu l’as déjà payé !
C’est le temps de la réunion, c’est ici et maintenant, tu y es, c’est comme un accouchement, le corps décide du moment, ça va y aller. Si ça coince, tu te détends. »
Une fois les effets estompés, vers 22h30, je pris un casse-croûte avant d’aller me coucher.

Le lendemain matin, plus du tout sous effet, j’écrivis un addendum aux « instructions » :
« Interdit de rire ! Sourire ok.
Si un rire monte, tu l’avales.
Rire expulse le trip. Ravaler le rire te fais plonger plus profond.
Pour ravaler le rire : se détendre ».

Débriefing, 6 ans plus tard :
Je pense que mon prof de taï-chi serait content de moi, en voyant autant d’emphase sur l’importance de la détente, lui qui m’a dit un nombre incalculable de fois « Lâche les épaules !!! » !
C’est une chose d’avoir entendu parler de l’importance du « lâcher prise », c’est autre chose d’avoir galéré pendant quatre ans pour essayer de le pratiquer physiquement pendant des heures et des heures, en cours de taï-chi, c’en est encore une autre de le pratiquer sous psychédélique. Ca fonctionne en synergie, le psychédélique, la détente et, bien sûr, la respiration.
Prendre des cours de taï-chi ou de qi-gong peut vraiment faire partie d’une préparation très sérieuse à la première prise de psychédélique.
C’est une méthode majeure de gestion du stress et des bad trip : se détendre et respirer. Se concentrer sur la respiration, se focaliser sur le relâchement musculaire. Ca aide à sortir de beaucoup de mauvais pas, encore et toujours, et ça aide aussi à maximiser les expériences agréables.
Je suis assez fière de moi d’avoir trouvé ce « truc » dès le début, alors que je ne me souviens pas avoir vécu quoi que ce soit de difficile pendant cette première fois. Mon corps avait bien mémorisé la pratique de la détente, et c’est spontanément ressorti pendant l’expérience.
Le texte met aussi en lumière la « rencontre », pour ainsi dire, avec le corps, la découverte qu’il peut être tel un « amant », autrement dit être un pourvoyeur d’amour, de bien-être, de plaisir, de joie.
C’est quelque chose de très significatif pour moi parce que, pendant de longues années, je me suis franchement détestée, moi, mon corps. A partir de l’âge de 15-16 ans environ, une fois en dépression, je me suis mise à détester le fait d’être une jeune femme (dans une société qui nous dénigre autant, c’est un peu normal), à détester mon corps, ses compulsions (hyperphagie), ses besoins, ses formes… A 38 ans, je pensais être sortie de tout ça depuis longtemps mais la guérison était loin d’être pleine et entière.
Un psychiatre argumenterait peut-être que ce n’est pas forcément très sain de se considérer comme différent de notre corps, de continuer pour ainsi dire à s’en dissocier (il y a moi, l’esprit, et il y a le corps), mais dans le monde des religions, des spiritualités, cette distinction est fréquente et, encore aujourd’hui, en tant qu’animiste, et ayant eu d’autres expériences dans ce sens, je peux dire que je continue à considérer que mon corps est une créature à part entière, dotée de son propre esprit, et que moi, Caroline, je suis un autre esprit qui « habite » ce corps. Le but du jeu étant de prendre soin l’une de l’autre autant que possible.
Le fait que je parle de « 12 000 nuits », moi qui suis insomniaque chronique, cela en dit long sur la sensation de régénération prodiguée par l’expérience. Le lendemain, j’eus un effet un peu « gueule de bois », tête dans le pâté, un léger mal de tête. Rétrospectivement, j’analyse ça avec mon hypothèse de l’effet diurétique et potentiellement déminéralisant et détoxifiant des psilo : j’aurais pu atténuer cet inconfort en prenant d’avantage de plantes pour le foie avant et après (j’avais pris un peu de tisane de romarin avant, mais sûrement pas assez), en buvant d’avantage d’eau, en prenant de la poudre de feuilles d’ortie avant/après…
J’étais végétalienne depuis près de 3 ans. Je me remettais péniblement d’une rupture amoureuse et d’une sorte de gros burn-out avec des moments à 8-6 de tension. J’avais développé un syndrome de l’intestin irritable qui m’avait amenée à évincer beaucoup d’aliments riches en FODMAPS, je ne savais plus trop quoi manger à part des bananes, du chocolat, des avocats, de la moutarde et de l’huile de coco et, un peu comme si les « médecines » et le grand air avaient travaillé en amont, dès le 9 juin, je me mis à avoir envie de fromage (Bleu de Gex, le fromage local). Envie de graisses et de protéines animales.
Cette première expérience m’ouvrit l’appétit. J’eus la sensation que ça avait mis mon estomac en meilleur ordre de marche et, peu de temps après, je ne sais plus exactement quand, dès le lendemain ou quelques jours plus tard, je commençai à avoir carrément envie de remanger de la viande. Je devins rapidement une grande fan de jambon cru et de noix de jambon fumée.
Beaucoup de gens témoignent du fait qu’une expérience psychédélique les a amenés à manger moins de viande, moi c’est l’inverse. J’étais végétalienne, j’étais devenue franchement maigre, c’était en train de me ruiner la santé, les psilo m’ont ramenée à une alimentation plus variée qui m’a permis de me refaire une santé.
La mention de l’interdiction de rire pourra surprendre particulièrement les adeptes de l’usage « récréatifs ». Comme tout le monde, j’aime bien rigoler, mais j’aime bien aussi expérimenter les choses à fond et, encore aujourd’hui, je pense que prendre des psilo pour rire, c’est un peu dommage et que rire empêche leur plein effet, en désamorce les effets les plus « gênant » à vivre en société, comme une montée plus ou moins « orgasmique » alors qu’on est un mec hétéro en compagnie d’une bande de potes.
En septembre 2016, je repris le chemin des cours de taï-chi pendant 2 ans.

Il y aurait sans doute plein d’autres choses à dire, à détailler, à décortiquer, mais pour ce qui est de montrer que ma première fois, en solo, se passa bien, et pourquoi et comment elle put bien se passer, je pense que j’en ai assez dit.

Prenez soin de vous !

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