Etre chevauché par un esprit (possession)

Whoopy Goldberg, dans le film Ghost.

Le genre de truc qui peut arriver sous psychédélique, par exemple avec les sclérotes psilocybe (légales aux Pays-Bas) ou avec l’Ayahuasca pour les adeptes de l’Ubandaime (référence : le chapitre « Psychedelic possession », par David Luke, dans le livre Talking with the Spirits).
Bien sûr, c’est le genre de choses que les personnes qui font la promotion des thérapies assistées par psychédéliques ont tendance à éviter de raconter. Ce n’est pas très vendeur, ça fait peur, alors que… Qu’est-ce qu’on en sait ?

J’essaye de trouver des images qui puissent expliquer ce qu’on appelle communément la « possession ».
Tu sais, ce truc qui, dans la plupart des films et séries américains, est démoniaque.
Oui, je t’informe, ça peut arriver sous psychédéliques.
Bon, je t’informe aussi que les films américains, en matière de possession, c’est en général du gros bullshit, à l’exception de Ghost, avec Patrick Swayze, Demi Moore et Whoopy Goldberg (image en tête d’article, extraite de cette vidéo).

Ok, en chamanisme, il existe des formes de possessions néfastes. Elles surviennent en dehors d’un cadre rituel et causent de la souffrance. Et il existe des formes de possessions bénéfiques, qui surviennent dans un cadre rituel, qui servent le bien commun et ne créent pas de souffrance (juste une fatigue inhabituelle, comme quand on travaille un peu plus fort que d’habitude). Des anthropologues en parlent, comme Bertrand Hell, dans le livre « Possession et Chamanisme ».

Dans certains systèmes de croyance un peu mieux renseignés qu’Hollywood, comme dans le Bouddhisme tibétain (voir le phénomène des Oracles d’Etat Tibétains) ou le Voodoo, la possession bénéfique est appelée « être un vaisseau » ou « être chevauché, être un cheval » pour les esprits. En hébreu, on parle du phénomène appelé « ibbur ».
Au 19ème-20ème siècle, en Occident, pendant la mode de la médiumnité, au moins certains médiums ne travaillaient pas toujours par clairaudience ou clairvoyance : ils étaient « possédés » (ou censés être possédés) par les esprits qui parlaient à travers eux. Il s’agissait alors de possessions bénéfiques, survenant dans un cadre rituel (les « séances »), et qui n’engendraient pas la souffrance du médium.
Dans le milieu théosophique, on a aussi appelé ça « être adombré », en anglais : « be overshadowed ». Dans le langage théosophique, on fait la distinction entre « possession » (possession maléfique) et « adombrement » (possession bénéfique), mais techniquement, c’est le même phénomène et certains praticiens chamaniques actuels n’hésitent pas à parler de « possession » dans le cas d’un phénomène bénéfique.
D’autres praticiens actuels parleront de « canalisation »/channeling, quoi que tous les praticiens qui parlent de channeling ne parlent pas forcément de possession/adombrement.

Être possédé ou « pris par les esprits » est un mode de coopération ancestral entre les humains incarnés et les esprits humains désincarnés, ou les esprits non-humains non-incarnés dans un corps humain (comme les esprits du sol, dont le corps est un morceau de croûte terrestre). Si tu en ignores tout, les esprits très anciens, eux, connaissent bien le truc.
Mircea Eliade a raconté que ce phénomène n’a rien à voir avec le chamanisme, alors que c’était là, sous son nez, dans les sources qu’il étudiait (référence: le livre Ecstatic Religion, par I.M. Lewis).
Oui, désolée, je t’informe que Mircea Eliade, puis Michael Harner à sa suite, comme les scénaristes hollywoodiens, ont raconté beaucoup de bullshit sur le chamanisme. Il serait temps d’en prendre bonne note.

Un humain « possédé », est comme un cheval avec un cavalier sur son dos. En temps normal, le cheval est pénard dans son pré, il va à peu près où il veut (en fonction du prix de l’essence, des stations essence encore ouvertes, des limitations de vitesse, des sens interdit, de la marque de sa voiture ou de sa trottinette…) et puis parfois le cavalier arrive, lui met une longe, l’emmène à l’écurie, le selle, et monte sur son dos. C’est le cavalier qui décide où va le cheval et le cheval est ok, sinon il mettrait un ou deux bons coups de sabot au cavalier, et plus personne n’entendrait jamais plus parler du cavalier qui resterait à pourrir dans le pré.

Le cheval, c’est le corps du praticien.
Le cavalier, c’est l’esprit-guide qui prend le contrôle du corps du praticien pendant la cérémonie.

« Les esprits viennent et ils font le travail ! ». C’est parfois comme ça que ce phénomène est décrit (référence : Tassie Yang, Shaman’s as vessels). Il faut comprendre : « Les esprits viennent à travers le chamane et agissent à travers lui. Il est alors comme un pantin et eux le marionnettiste ». Mais quand on explique ce genre de chose à quelqu’un qui a trop regardé de films hollywoodiens, ou qui a trop lu « le Marteau des Sorcières », c’est délicat, alors on fait comme on peut.

Le cheval a-t-il des petits soucis psychiatriques, pour se laisser mener comme ça par un humain ?
Le cavalier lui fait-il faire n’importe quoi ?
Le cheval perd-il le contrôle de son corps, où bien doit-il au contraire être particulièrement à l’écoute de ce que lui demande le cavalier pour pouvoir le faire?
Si je transpose la question au phénomène de la possession, les psychiatres et beaucoup de gens monothéistes (catholiques, musulmans…), ou branchés New Age, répondent que oui, c’est forcément le signe de soucis : « problème psy de respect des limites de soi (en anglais : « boundary issues »), absence de sens et de raison, perte de contrôle… »
Je te laisse te faire ta propre idée, surtout si tu es sensible à la cause animale, et/ou si tu es un cavalier émérite et que ton cheval est un champion en dressage, cross country, jumping, débardage, etc…
Pour moi, dire que ce phénomène relève de la psychiatrie, c’est comme de dire à une femme enceinte qu’elle a un soucis psychiatrique : « Madame, vous êtes en train de m’expliquer que vous avez un être vivant dans votre ventre et que cet être vivant est différent de vous ?! Allons… Vous avez trop regardé Alien ! Je vais vous donner quelques benzo, ça vous fera du bien (gros sarcasme) !».

Bon, bref, là j’ai trouvé une image magnifique, qui montre la forme que peut prendre cette coopération, parfois, entre un humain incarné et son esprit-guide :

Le cavalier n’est pas sur le cheval, pourtant ils vont ensemble dans la même direction et ils vivent un grand moment de fun et de complicité. Ils coopèrent, ils sont alliés.

Ainsi, parfois, mon corps est complètement mené par mon esprit-guide, comme un cheval est mené quand son cavalier est perché sur son dos. Alors, j’observe mon corps faire des choses que je n’ai pas décidé de faire. C’est aussi un peu comme d’être un cheval de trait, d’avoir des œillères et une ennasure autour des naseaux, un bout de cuir qui entrave mes mouvements, et quelqu’un qui tire doucement à droite ou à gauche de temps en temps, mais sans faire mal. Ensemble, nous travaillons. Je dis des choses que je n’ai pas pensées moi-même avant de les dire. Je fais des gestes précis qui m’échappent complètement et que je n’ai jamais vu faire ailleurs.
Parfois, c’est plus subtile et je me retrouve à « suivre » les idées de l’esprit-guide, sans qu’elle soit franchement « sur mon dos », comme le cheval suit son humain dans la vidéo. Et je le fais parce que je l’aime bien, parce que c’est fun et exaltant. Elle m’entraîne dans son élan.

Ma comparaison est loin d’être parfaite. Ca fait 4 ans que j’étudie le sujet et j’ignore encore comment ça marche. Souvent, au quotidien, je me sens déjà comme un cavalier sur le dos d’un cheval : comme si j’étais un esprit différent de l’esprit de mon corps… Ce qui fait que, quand je suis « adombrée », c’est un peu comme si un deuxième cavalier montait sur mon cheval et me forçait à monter en croupe…

Photo par Vera Lair

Mais cet article est déjà assez long comme ça pour une population qui a tendance à devenir incapable de se concentrer plus de 5 minutes et qui croit que, lire, ça consiste à regarder l’écran minuscule d’un smartphone dont la lumière t’arrache les yeux (télécharge f.lux ! et pour Noël, pense à te faire offrir un ordinateur d’occasion, de préférence sous Windows 11 !).

Dans ma cuisine, l’ordinateur, avec f.lux en mode « candle », novembre 2018.

Si tu arrives à mémoriser l’image du cheval et de son cavalier, et la beauté et le sentiment d’exaltation transmise par cette petite vidéo, ce sera déjà très bien.

Si le sujet t’intéresse et que tu souhaites en lire d’avantage, voir mon autre article sur le sujet, un peu plus dense et en anglais (si l’anglais te pose problème, demande de l’aide à « google translate », dans le menu tout en haut à droite de la page) : Spirit possession as a working technic.
Si tu comprends l’anglais à l’oral, voici une de mes vidéos sur le thème de la possession et du Seidr.

Bonus : l’étalon de la vidéo et son humain sont à retrouver dans cette autre vidéo : Horse psychic talks to my stalion , avec la praticienne en communication animale Symone Ottevangers.

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2 commentaires sur “Etre chevauché par un esprit (possession)

  1. Pour ce qui concerne la possession.

    N’étant que peut informé et uniquement de manière théorique sur le sujet mon interrogation principale reste :
    – Comment peut on faire confiance à l’esprit x ou y ?
    Étant donné que dans notre monde quotidien il est déjà difficile de jaugé des intentions réel des gens qui nous entoure, dans un espace (celui des esprit) qui nous est étranger, la tache me semble encore plus ardue !
    (et pour cela je trouve votre exploration de cet espace extrêmement courageux)

    Sur un sujet que je connais bien par contre :
    « de préférence sous Windows 11 !. »
    Il me semblerais plus raisonnable de conseillé Linux (par exemple Linux Mint, qui est très accessible)

    Quoi qu’il en soit merci pour vos articles que je lis avec intérêt.

    J’aime

    1. Bonjour, bonne question!
      Cela rejoint la question plus générale « comment peut-on faire confiance à telle personne? ».
      De mon point de vue, c’est vraiment la même question. Comment est-ce que j’en arrive à faire confiance, ou pas, à telle personne, au quotidien? Comment est-ce que je décide de faire confiance à tels voisins pour leur raconter telle histoire un peu « perso »? Comment est-ce que j’en arrive à faire confiance à un homme au point de le tolérer dans mon lit, puis pourquoi j’en arrive à ne plus lui faire confiance et à lui dire au revoir?
      Déjà, il s’agit de savoir faire confiance à quelqu’un: on observe ce qui se passe, on observe ce que fais la personne, ce qu’elle dit, son attitude, langage verbal, langage non-verbal, éthique, etc…. Et soit assez rapidement, soit petit à petit, on décide qu’on peut lui faire confiance plus ou moins, voir à 100% à temps plein, ou plus ou moins selon les circonstances. Au sujet de mon toit, par exemple, je ne ferai pas confiance de la même façon à un ancien couvreur qu’à un ingénieur en informatique.
      Par contre, pour le choix de mon prochain ordinateur d’occasion, là, l’ingénieur en informatique sera un interlocuteur privilégié. Il pourra me dire si quelqu’un qui n’a jamais approché linux, qui vient de passer plus de 20 ans à utiliser windows, est capable de prendre en main un nouveau système d’exploitation assez facilement seul ou pas. Je suppose qu’un ingénieur en informatique, ou même un simple geek passionné, sera capable de m’orienter vers un vendeur fiable et de me recommander un modèle adapté à mes usages (très basiques, zéro gaming, quasi pas de téléchargement, usage courant, internet et traitement de texte, un peu de stockage de photo et vidéo), à mon budget (serré) et à mon éthique (écolo/solidaire). Et, à un moment, en fonction de la qualité de la réponse, je déciderai de faire confiance ou pas à son avis. Je donne cet exemple parce que j’ai un vieil ordi sous windows 8 qui rame de plus en plus et qu’il va probablement falloir que je change prochainement. Et je me pose aussi la question de l’ergonomie du poste de travail, parce que je commence à avoir des douleurs dans les cervicales, peut-être à force de passer des heures à écrire sur un ordi portable dont l’écran n’est jamais à la hauteur de mes yeux. Je lorgne aussi du côté des bureaux « debout ». Au cas où vous auriez un avis sur ces sujets, n’hésitez pas à m’en dire un peu plus!
      Donc, comment est-ce que j’en suis arrivée assez rapidement à faire confiance à cet esprit-guide, eh bien parce qu’elle semblait vachement savoir de quoi il retournait! Elle ne me faisait rien faire de stupide, de dangereux, d’aberrant, etc… Quoi qu’un observateur complètement étranger au sujet du chamanisme aurait probablement eu du mal à trouver rime et raison à ce que je faisais. Mais de l’intérieur, si je puis dire, ça faisait sens à fond. Tout à coup j’avais accès à bien plus d’information et de compréhension du monde. C’était un peu comme d’avoir soudain accès à un 2ème cerveau, en quelque sorte. C’est comme d’être dans les années 1990, sur pc avec 2-3 jeux sur cd-rom, et tout à coup, on s’équipe d’un routeur et on découvre l’accès à internet.
      Bien sûr, on continue à user de notre discernement et on apprend vite à éviter les sites chelou, les virus, tout ça…, et dans l’ensemble, on se débrouille cahin-caha pour rester safe.

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